Le fil d'Ariane et la problématique de l'apprentissage

Pratique professionnelle de l'option E

Tout comme leurs collègues rééducateurs, les maîtres "E" s'efforcent, mais au sein de la relation pédagogique spécialisée, de mettre en oeuvre la prévention la plus précoce possible de l'échec scolaire, à partir des demandes d'aide des enseignants, que ceux-ci aboutissent à la création d'un regroupement d'adaptation ou, éventuellement, par l'intermédiaire des commissions spécialisées, au placement dans une classe.
Dans tous les cas de figure, leur souci central est de maintenir, dans toute la mesure du possible, une intégration maximale (nous devrions dire une scolarisation maximale) de l'enfant en difficulté, en échec ou handicapé au sein du groupe constitué par ses pairs (sur le critère de l'âge et/ou de la compétence acquise).

Au sein du réseau, le maître "E" doit savoir distinguer son action d'aide du soutien pédagogique dispensé par le maître ordinaire dans la classe ou le groupe de cycle. Faute de quoi le risque est grand de le voir absorbé comme pédagogue en surnombre, voué aux tâches qui relèvent en fait de la responsabilité des enseignants non spécialisés. Cette annexion au pédagogique ordinaire a en outre la conséquence très négative de couper le maître "E" du réseau, du dispositif qui garantit son identité professionnelle. Il lui faut aussi veiller à ne pas empiéter sur les formes d'aides spécifiques du rééducateur, formes d'aides pour lesquelles il n'a pas reçu de formation: ce risque est supprimé par la participation loyale et assidue au fonctionnement collégial du réseau.
Ainsi, le maître "E" accomplit-il un certain nombre d'actions partagées avec ses collègues ou, au contraire, relevant de sa seule responsabilité et compétence.
Il partage l'accueil, l'analyse et la compréhension des difficultés signalées par les enseignants. Il pratique les entretiens avec les enseignants et les parents, éventuellement avec ses collègues psychologue ou rééducateur(s).
Il est capable de mener une investigation spécifique des difficultés de l'enfant, en mettant par exemple au jour les stratégies profondes (et leurs dysfonctionnements) mobilisées par l'enfant face à un message oral, un texte écrit, un raisonnement logico-mathématique.
Le maître "E", dans la relation pédagogique, accueille donc un petit groupe d'enfants, pour une durée variable mais limitée, en conformité avec une indication précise: les difficultés, dans les sphères du langage oral et/ou écrit ou du logico-mathématique, proviennent de fragilités, de déséquilibres, voire de lacunes touchant opérateurs et stratégies.
Bien entendu, le repérage des difficultés, même dissimulées, ne saurait suffire. Il faut aussi disposer des stratégies et d'outils pédagogiques permettant à l'enfant une prise de conscience non déstabilisatrice de ses difficultés, un succès dans le rétablissement d'un équilibre stratégique par la découverte d'opérateurs, de prises d'indices jusque là non mobilisés.

L'action du maître "E" en réseau ne se limite pas au champ de l'Ecole élémentaire, mais comprend aussi les actions de prévention précoce à l'Ecole maternelle. Complémentaires des actions du rééducateur, les actions du maître "E" viseront à repérer, chez les jeunes enfants signalés en difficulté, par exemple des difficultés de maîtrise d'opérateurs logiques ou de fonctions langagières indispensables pour la future intégration du savoir-lire.
Une aide préventive sera donc accordée aux enfants, en petits groupes, qui présentent un profil "à haut risque d'échec en lecture", et qui ne peuvent être confondus avec le groupe (décrit à propos de l'aide des rééducateurs) d'enfants immatures.

Il convient aussi de prévoir une information et une sensibilisation (comprenant visites, rencontres voire stages) concernant les C.L.I.S. et les établissements spécialisés (correspondant, en toute rigueur, aux options A, B, C, ou D).

La formation de base du Maître "E" comprend les nouvelles compétences suivantes, présupposant l'acquisition antérieure de bonnes compétences dans le domaine des didactiques de base et la gestion, l'organisation du groupe-classe. Ces trois grandes compétences très liées entre elles (séparées pour la clarté de l'exposé) s'appuient nécessairement sur de solides connaissances théorico-pratiques touchant
- le développement normal et difficile (voire pathologique, pour information) de l'enfant, dans les grands domaines de la maturation.
- l'institution "Ecole" dans ses nouveaux objectifs, sa nouvelle politique et organisation, la formation renouvelée de ses maîtres, etc.
- l'institution "Famille".
- les institutions de soin et d'aide sociale.

Compétence de communication

- susciter, aider à élaborer, accueillir les signalements des enfants en difficulté.
- pratiquer les entretiens nécessaires avec les maîtres, les parents, les enfants, les praticiens extérieurs à l'Ecole.
- négocier le maintien ou l'accueil des enfants en difficulté ou handicapés dans les classes ordinaires.
- savoir présenter le projet d'aide retenu à l'enfant, son enseignant(e), ses parents pour obtenir leur accord, leur adhésion.
- savoir présenter clairement et simplement, dans un langage adapté à chacun, l'identité et la fonction du maître "E" aux différents partenaires de travail.

Compétence d'investigation
- analyser les demandes d'aide et les entretiens.
- analyser le(s) bilan(s) fourni(s) par le maître.
- maîtriser l'utilisation des principaux bilans scolaires, mais aussi les principaux bilans permettant de faire apparaître les stratégies spécifiques de l'enfant, son "style cognitif", tant dans le domaine du langage oral et écrit, que dans celui du logico-mathématique.
- savoir, à partir de ces données (en collaboration éventuelle avec les collègues de réseau), poser l'indication "E" et élaborer un projet d'aide logiquement articulé à l'investigation menée.

Compétence d'intervention
- savoir constituer le regroupement d'adaptation (pratique de réseau), ou articuler les projets individuels et le projet du groupe-classe.
- savoir choisir et utiliser les outils et stratégies pédagogiques découlant du projet d'aide élaboré.
- savoir situer l'intervention au niveau pertinent: ni celui, trop "superficiel", de la répétition, du rattrapage ou du simple soutien, ni celui, trop "profond", de la relation pure ou de l'expression libre. Un exemple du niveau recherché nous est donné par les outils et démarches de la remédiation cognitive, également par le travail spécifique se situant sur la dimension métacognitive.
Le positionnement satisfaisant du niveau d'intervention résout immédiatement le faux problème des contradictions méthodologiques (en lecture par exemple) opposant l'intervention "E" et la classe.

Le maître "E" devrait, dans les années à venir, par le jeu de l'évolution prévisible du système, voir progressivement sa fonction se limiter au dispositif du réseau d'aides spécialisées, cette "limitation" étant de fait une extension: beaucoup de réseaux sont, sur ce point, incomplets, ou tout simplement inexistants.
Cette identité professionnelle est indispensable au plein exercice des autres identités en acte dans les réseaux : les psychologues, les rééducateurs. En témoigne le nombre élevé des indications "E", nettement plus important que celui des indications de rééducation et, a fortiori, que celui des indications de suivi psychologique.

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