La pensée, ses contenus, ses contenants.
(Cf. B. Gibello)



1- Questions de nosographies

2 - Si on revenait sur les inhibitions intellectuelles

3 - Les Dysharmonies cognitives et pathologiques

4 - Les retards d'organisation du raisonnement

5 - Gravités des troubles des contenants de pensée

6 - Causes des troubles des contenants de pensée

Rappel clinique.

Les travaux poursuivis depuis une dizaine d'années avec l'équipe du laboratoire de la Salpêtrière ont permis à B.Gibello de découvrir des troubles singuliers de l'intelligence et de la pensée, non répertoriés jusque là.
Un exemple intuitif : celui d'une adolescente qui fut adressée au service pour examen par le Dr.Voiseau qui menait un traitement psychothérapeutique avec elle depuis plusieurs années. Dans son service, on l'avait surnommée "la ravissante idiote".
C'est une ravissante blondinette de 14 ans, souriante, avenante, d'excellent contact, s'exprimant bien au cours de l'entretien. Tout au plus, au cours d'un examen clinique classique pouvait-on observer une discrète niaiserie et s'étonner de certaines formes d'élaboration de sa pensée. Mais rien de particulièrement anormal n'apparaissait. C'était d'autant plus surprenant que pour ce qui concerne la scolarité, les troubles étaient sévères : elle n'avait pas dépassé le niveau d'un cours préparatoire. Incapable de lire, d'écrire et de compter, cette jeune fille présentait un retard scolaire massif, que les discrètes particularités observées à l'examen clinique courant n'expliquaient pas.
Le bilan psychologique et psychométrique apportera des notions déterminantes pour expliquer ses difficultés :

• Le niveau intellectuel exploré au WISC R confirmait l'impression clinique de normalité, montrant des capacités  intellectuelles de niveau    normal, avec des notes de QI aux environs de 95.
• L'organisation de la pensée et du raisonnement en revanche se révélaient particulièrement anormale, puisque  celle d'une enfant âgée de   6/8 ans.
• Les épreuves projectives étaient atypiques, sans qu'on puisse conclure à une organisation pathologique   spécifique de la personnalité.

L'équipe de BG se trouvait devant des résultats d'examen inattendus et très surprenants. En effet, ils avaient l'habitude de croire à une forte corrélation entre niveau des capacités intellectuelles, et la maturation des processus cognitifs et logiques à un âge donné. Après avoir soigneusement vérifié les examens pratiqués et aussi après avoir rencontré d'autres cas semblables, ils furent amener à réviser leurs croyances, et à découvrir que dans certains cas, capacités intellectuelles et maturation cognitivo-intellectuelle se trouvaient disjointes.
Dès lors BG a rencontré des dizaines de cas semblables, où apparait ce syndrome de "retard d'organisation du raisonnement", ainsi que des cas analogues dans le tableau clinique, mais différent sur le plan de l'évolution, puisque l'altération des processus cognitifs et du raisonnement est survenue après une longue période où ils étaient normaux.
Par exemple, une telle symptomatologie est fréquente dans les suites d'un traumatisme crânien chez des sujets adultes, ou au décours d'une évolution de processus démentiels chez un sujet âgé. BG a proposé de désigner les cas de cette espèce "Régression d'organisation du raisonnement"

1. Questions de nosographies.

La découverte des R O R le conduisit à réfléchir à nouveau sur la question des "dysharmonies cognitives pathologiques" mises en évidence une dizaine d'année plus tôt.
Ces D C P constituent un autre syndrome caractérisé par le développement très hétérogène du raisonnement et des processus cognitifs, tel que dans certains secteurs, le sujet organise normalement sa pensée, alors que dans d'autres elle paraît particulièrement retardée.
André fut le premier cas de DCD rencontré par BG. Cet adolescent de 14 ans était pensionnaire d'un établissement destiné aux mineurs délinquants à la suite de délits mineurs. D'intelligence de niveau normal, et sans troubles graves de la personnalité, il avait suivi une scolarité très épisodique, en raison de sa préférence pour l'école buissonnière. Son niveau scolaire était d'un médiocre CM1. Il était considéré comme un "cas social", sans pathologie particulière.
Après quelque temps de séjour dans un établissement, il demanda à suivre des cours de dessin technique pour lui permettre de réussir un apprentissage auquel il tenait beaucoup. A cette occasion, il se révéla qu'il pensait l'espace en termes, non pas euclidiens, mais en terme d'espace quasi topologique, c'est-à-dire comme le pense un enfant de 6 ans. Cette particularité entraînait des conflits réitérés avec son enseignant de dessin technique : il ne pouvait pas comprendre le bien fondé des critiques qui lui étaient faites de son travail, tandis que l'enseignant, lui-même interprétait comme du mauvais vouloir l'effet de ses difficultés cognitives. Aussi la relation maître-élève était-elle en fait une relation conflictuelle, chacun considérant l'autre comme un persécuteur, et chacun étant dans l'incapacité de saisir que l'autre ne pensait pas l'espace de la même façon que lui.
Dans ce cas, le bon niveau intellectuel de l'enfant faisait méconnaître les anomalies graves de la construction des processus cognitifs : les processus dynamiques qui nous font reconnaître les propriétés euclidiennes ne s'étaient pas développés chez André. Et cependant, les autres processus cognitivo-intellectuels étaient normalement développés.
Cette observation, renouvelée ensuite à maintes reprises chez des sujets de tous âges et dans des circonstances très diverses amena à proposer d'ajouter aux troubles classiques celui de " dysharmonie cognitive pathologique " DCP puisque ce trouble avait une spécificité indéniable.
En effet, la nosographie classique distingue dans les troubles de l'intelligence 4 variétés principales, si on met de côté la question des délires et les problèmes posés par les sujets sur doués.
4 variétés :

Les troubles instrumentaux, comprenant les retards et les défauts d'acquisition de gnosies, de praxies, de l'expression parlée ou écrite,   ainsi que les troubles perceptifs sensoriels tels que la cécité et la surdité.
Les démences, caractérisées par la perte de tout ou partie des capacités intellectuelles antérieures.
Les débilités mentales, spécifiées par le retard global du développement de l'intelligence, sensible cliniquement, socialement, scolairement   et psychométriquement.
Les inhibitions intellectuelles, c'est-à-dire la non utilisation par le sujet de capacités intellectuelles cependant présentent en lui.

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2. Si on revenait sur les inhibitions intellectuelles :

Il est manifeste que les quatre variétés classiques de troubles de l'intelligence ne recouvrent pas les R O R ni les D C P. Pour des raisons diverses, beaucoup de cliniciens ont pris l'habitude de désigner et de considérer ces troubles comme des inhibitions intellectuelles. Cette habitude est fâcheuse, puisque par définition, dans les inhibitions intellectuelles, le développement des processus cognitivo-intellectuels s'est fait normalement alors que pour les R O R et les D C P, il s'agit de dysgénèse de ces mêmes processus.
(Pour Freud les inhibitions sont à comprendre comme l'expression soit d'une limitation fonctionnelle du moi avec différentes origines, soit se situe dans le cadre de l'auto punition (névrose d'échec) soit procède d'un appauvrissement d'énergie et le sujet n'arrive pas à contenir…émotion et deuil…)
Il est manifeste que les D C P et R O R n'entrent pas dans le cadre des inhibitions intellectuelles. C'est pourquoi j'ai proposé de compléter la nosographie classique par une 4ème variétés regroupant R O R et D C P. Le nom que je suggère et celui de " troubles des contenants de pensée ", pour des raisons que nous allons expliquer.

3. Les Dysharmonies cognitives pathologiques (DCP)

Elles touchent certainement au moins 3 à 4% de la population d'enfant d'âge scolaire, 10 à 30% des sujets traumatisés du crâne. Elles se caractérisent chez un sujet donné par la coexistence de processus de pensée et de raisonnement normaux dans certains secteurs, avec dans certains autres secteurs, des altérations graves de ces mêmes processus. Chez les sujets adultes, on constate la dégradation de processus acquis, et chez les enfants, leur retard du développement.

4. Les retards d'organisation du raisonnement (ROR)

Ils constituent la forme complète de la symptomatologie des retards d'organisation du raisonnement. Il s'agit de sujet dont les capacités intellectuelles n'apparaissent pas atteintes, en ce sens qu'ils ne se comportent pas comme des débiles mentaux, et que les tests de capacité intellectuelle (QI) ne montrent pas de déficit. Cependant, ils raisonnent avec des structures de raisonnement très archaïques pour leur âge, et leurs compétences practo-gnosiques sont généralement fort médiocres, contrastant avec des capacités d'expression verbale sensiblement normales. Ces sujets ont probablement été autrefois isolés cliniquement sans être situés dans une classification heuristique, par l'aliéniste Chaslin au siècle dernier sous le nom de " sots ", par le professeur Zazzo sous le nom de " débiles à Q.I normaux " il y a une vingtaine d'années. On peut distinguer les retards et les régressions d'organisation du raisonnement, respectivement chez des enfants et des adultes ou des vieillards.

Contenants et contenus de pensée

1. Distinguer les capacités intellectuelles et l'organisation de la pensée.

L'existence même des DCP et des ROR met en évidence la nécessité de distinguer les capacités intellectuelles de l'organisation des processus cognitivo-intellectuels.
Nous sommes familiarisés avec la notion de capacité intellectuelle : c'est ce qu'évaluent, suivant le mot de Binet, les tests d'intelligence permettant le calcul d'un Q.I. C'est aussi ce qui est évalué intuitivement lors d'un examen clinique, et qui fait considérer, suivant les cas, l'interlocuteur comme "intelligent", "et pourtant pas bête" ou encore "limité", "obtus", etc. Des méthodes d'examen systématique peuvent préciser ces impressions qualitatives. Mais, pour fixer les idées, observons que nous supposerons, toutes choses égales d'ailleurs, comme intelligent un sujet intéressé par ce qu'on lui dit, curieux de l'environnement, émettant des hypothèses, exprimant facilement ses idées, et capable de tenir compte simultanément de plusieurs dimensions ou facteurs. Nous pouvons parfaitement arriver à la conclusion que le sujet est intelligent à des âges tendres, où la pensée s'est mal organisée, les raisonnements mal construits, les connaissances réduites.

L'organisation cognitivo-intellectuelle se laisse moins facilement apprécier, car les modalités de développement des processus intellectuels décrites par les psychologues généticiens et cognitivistes sont souvent mal connues des cliniciens.
Il semble qu'on puisse sans simplification excessive identifier l'organisation cognitivo-intellectuelle et ce que les piagétiens nomment "la fonction sémiotique", c'est-à-dire la capacité de représenter quelque chose par autre chose, et en particulier par des représentations mentales. Le nom vulgaire de la fonction sémiotique est "fonction symbolique" ou "symbolisation" mais en raison de la grande polysémie du mot "symbolique", BG estime préférable l'emploi mot sémiotique, beaucoup mieux défini.
Comment ce que nous percevons du monde matériel, du monde des personnes avec lesquelles nous sommes en relation, et de notre monde intérieur se transforme en représentation mentales conscientes et inconscientes intervenant dans nos processus de pensée : telle est en somme la question de l'organisation cognitivo-intellectuelle.

2. Contenant de pensée

Les contenus de pensée sont faits de ces représentations psychiques : perception et émotions hic et nunc, souvenirs évoqués, projets et anticipations.
Nous sommes généralement inconscients de ce que ces contenus de pensée ont sens pour nous seulement par l'effet de contenants de pensée.
Les contenants de pensée les plus anciennement connus sont les processus praxiques et gnosiques, qui, donnant sens aux perceptions sensorielles ou aux séquences motrices nous permettent de reconnaître l'objet perçu ou de choisir le mouvement à réaliser dans un certain but.

Le langage constitue un autre contenant de pensée ; depuis longtemps, les linguistes nous ont montré qu'un mot dans un discours ou un texte prend sens par effet de contexte, par les liens paradigmatiques et syntagmatiques qu'il noue avec d'autres mots. Ils nous ont aussi montré qu'il en va de même pour les monèmes, ces fragments de mots porteurs d'une signification élémentaire, comme par exemple en français les préfixes "a" ou "in" ou les suffixes "ements" ou "tions". En l'absence de contenant linguistique, la forme sonore ou visuelle des mots peut être perçue, mais non leur sens, comme nous en faisons l'expérience en écoutant parler une langue inconnue.
Quand le contenant linguistique n'a pas été constitué, on se trouve devant ce que la clinique neurologique nomme "audi-mutité". Quand il a été perdu, on observe les aphasies, les surdités ou les cécités verbales, au cours desquelles les mots vus ou entendus restent lettres mortes.
De même, les contenants de pensée cognitifs, relatifs par exemple à l'espace, au temps, à la logique donnent sens aux contenus de pensée correspondant. La psychologie génétique nous montre combien les contenants de pensée cognitifs évoluent avec l'âge, faisant par exemple passer notre conception de l'espace d'une axiomatique quasi-topologique à une axiomatique euclidienne, ou encore notre conception du temps d'un temps circulaire à un temps historique.

Enfin la représentation que nous avons de nous-mêmes, dans ses différentes appellations : schéma corporel, image de soi, self, objet narcissique, se construit-elle à partir de ce qu'Anzieu désigne sous le nom d'enveloppes psychiques, fonction contenante primordiale : le "Moi Peau".

BG propose comme définition générale des contenants de pensée l'univers psychique dans lequel des contenus de pensée peuvent :
           - apparaître
           - prendre sens
           - être compris, par soi même et par les autres
           - et être communiqués.
Un contenu de pensée est indéterminé, insignifiant, "élément bêta" au sens W. Bion, tant qu'il n'a pas été pris dans un ou plusieurs contenants de pensée qui l'aient transformé en "élément alpha".

BG considère que l'altération ou la dysgénèse des contenants de pensée se manifeste par :
          - la négligence de certaines perceptions, ou le caractère "insignifiant" de celle-ci, ou encore leur compréhension fragmentaire, syncrétique. Ces négligences ou insignifiances sont à l'origine de nombreuses difficultés d'apprentissage, tant sociaux que scolaires ou professionnels.
          - Les oublis ou altérations de souvenirs, ainsi que de graves difficultés, voire une impossibilité d'apprendre par l'expérience.
          - La difficulté ou l'impossibilité d'anticiper des événements ou d'évoquer correctement des chronologies.
          - Les troubles de la personnalité où prédominent les anomalies des représentations de soi, et l'impression d'être "mal dans sa peau".
          - Des troubles du langage, de la logique, des dysgnosies et des dyspraxies.
          - Étant entendu que ces symptômes coexistent dans la plupart des cas.

L'observation générale que le trouble commun aux ROR et aux DCP était l'incapacité à donner un sens à des contenus de pensées banalement compris par les sujets normaux a donc amené à opposer aux contenus de pensée (perceptions, affects, souvenirs, fantaisies) les contenants de pensée. Dans cette perspective, les contenants de pensée sont les processus dynamiques par lesquels prennent sens les contenus de pensée.

On connaît depuis le siècle dernier les processus practo-gnosiques, qui précisément donnent sens à des perceptions sensitivo-sensorielles, ou à des séquences motrices. Ces processus constituent une partie seulement des contenants de pensée. Schématiquement, on peut considérer comme contenants de pensée les contenants de pensées cognitifs, qui comprennent les gnosies et les praxies, l'organisation du raisonnement. Il s'ajoute à ces contenants cognitifs ceux constitués par le langage, le fantasme inconscient au sens Freudien, et le système narcissique de représentation de soi. Il convient probablement d'y adjoindre des contenants collectifs, tels que la tradition familiale, la culture, etc.

3. Contenus de pensée et genèse des contenants de pensée

Ce qui peut être présent, élaboré, à notre conscience à un moment, ce peut être un souvenir précis, complet, une citation de poésie mais aussi quelque chose de flou, de vague, un mouvement émotionnel, sentiment de malaise ou de bien être corporel, et des quantités d'autres choses qui nous passent par la tête, occupent notre pensée sans que nous y donnions forcément un sens.
Un sens est donné à ces contenus de pensée par les processus que sont les Contenants de pensée.
Ils mettent en forme, donnent une signification aux contenus, peuvent également remettre en forme des contenus passés pour redonner une nouvelle signification. (On peut après coup réaliser que ce à quoi on avait cru auparavant est faux : par exemple, on élabore ses connaissances, ses représentations au fur et à mesure que les contenants de pensée deviennent de plus en plus puissants, capables de faire des modifications, associations d'idées, corrélations diverses.)
A propos de l'évolution de ces capacités de comprendre et de donner sens à ce qui arrive, il faut dire un mot du concept important qui est celui de " mémoire de travail " (working mémory).
La mémoire de travail c'est la petite quantité de mémoire qui est à notre disposition pour prendre conscience de l'instant.

Exemple : lors d'une conférence, "votre" mémoire de travail qui est occupée par les sons fabriqués avec la bouche, transmis par le micro, est occupée aussi par la perception de l'environnement mais ceci n'est pas très important car l'environnement ne bouge pas, elle est peut être occupée par le confort ou l'inconfort des chaises, par un malaise que vous avez…

Cette mémoire de travail se représente par "ce dont nous avons conscience à un instant donné".
C'est une mémoire de faible capacité et c'est à travers cette faible capacité que se font les échanges entre notre psychique et le reste.
La mémoire de travail à une durée d'à peu près 2 secondes.
Si on détourne notre attention de quelque chose, notre mémoire se dégage et on peut se centrer sur autre chose.
On ne peut penser simultanément à plus de 7 choses (l'empan mnésique varie de 2 à 7), 7 objets et quand on pense à 7 objets et qu'on est capable de les manipuler individuellement c'est qu'on est déjà très fort.
Cette notion de mémoire de travail, il est important de savoir qu'elle est la même chez le bébé de quelques jours que chez le vieillard.
La capacité de la mémoire de travail ne varie guère à travers l'existence ce qui varie par contre c'est l'habileté avec laquelle on peut grouper les éléments de manière à ce qu'ils forment un ensemble et ne soient plus seulement 5 ou 6 objets isolés.

Exemple : dans un premier temps, nous sommes capables de mémoriser 7 chiffres, et au fur et à mesure que nous augmentons nos connaissances en mathématique, nous sommes capables quand nous avons bien travaillé, de regrouper l'ensemble des naturels dans l'ensemble N ce qui fait 1 seul objet à la place d'une infinité.

Ceci est le regroupement et cela nous permet de penser d'une façon plus complexe.
Cette notion de mémoire de travail et cette notion que ce qui change c'est l'organisation que nous pouvons faire des connaissances que nous avons sont une donnée tout à fait fondamentale qui a révolutionné les conceptions et théories de Piaget.
Piaget pensait en effet l'inverse : qu'il y avait une modification des structures au sens des structures de mémoire et d'attention et on sait aujourd'hui que les structures de mémoire ne sont pas changeables et que par contre, c'est la capacité à concentrer l'information qui change.
La théorie de Piaget sur le plan de la théorie abstraite a été totalement révisée mais il faut savoir aussi que le schéma général que Piaget avait repéré d'évolution du raisonnement et des processus cognitifs en plusieurs stades a toujours quelque chose de valable.

Après cette parenthèse sur la mémoire, revenons au sujet.

Les contenants de pensée donnent sens, donne forme, permettent de comprendre des contenus.
C'est un mauvais mot car en fait ces contenants sont un processus dynamique.

Un verre de bière est bien le contenant de la bière mais ça reste immobile quand la bière est dedans.

Alors que les contenants de pensée sont des processus dynamiques qui agissent sur le contenu ou inscrivent le contenu dans des réseaux associatifs pour lui donner sens.

Petite histoire : l'alchimiste est confronté, quand il débute, à la fabrication du solvant universel.
L'apprenti, tout à coup, vient dire au maître qu'il a fabriqué le solvant universel. Et le maître le félicite et lui dit alors "dans quoi l'as-tu mis ?"

Ceci pour expliquer la différence entre le contenant et le contenu.
Nous distinguons trois types de contenants :

          a) les contenants archaïques
          b) les contenants langagiers
          c) les contenants groupaux sociaux, culturels.

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3. 1 Les contenants de pensée archaïques

Ce sont ceux du bébé. Certains pensent qu'ils se forment très tôt, dès la naissance à mon avis. Jusqu'à présent, même si on n'a pas pu vérifier si c'est dès la naissance, c'est de toute façon très tôt que le bébé est muni de ces contenants de pensées archaïques.
Ces contenants de pensées archaïques sont au nombre de trois :

          "Contenant de pensée cognitifs"
          "Contenants de pensée fantasmatiques"
          "un 3ème groupe est constitué par les contenants de pensée narcissiques"

 • Le processus du marquage sexuel :
Ce premier type est représenté par ce que Freud a décrit sous le nom de fantasme originel. Ces fantasmes originels, ce sont des structures psychiques qui ont la propriété de mettre en forme et de donner sens à nos excitations sexuelles.

On ne sait pas vraiment comment le bébé pense ses expériences d'excitation des zones érogènes mais vous et moi nous pensons quand nous avons un émoi sexuel en terme de séduction, puis il y a quelque chose qui passe dans le registre du fantasme de castration, de frustration et plus loin de frigidité, d'impuissance.

Le 3ème élément met en forme les émois sexuels qui nous passent par la tête et nous avons une représentation de ce que nous pourrions faire dans l'intimité.
Freud dit que c'est le fantasme de scène primitive (une représentation du coït parental qui constitue un modèle).
Ces trois fantasmes originels
          - fantasme de séduction
          - fantasme de castration
          - fantasme de scène primitive
sont les premiers éléments, premiers contenants de pensée qui vont donner sens à ces émois sexuels. Du moins c'est ce que Freud pensait, et que ça s'arrêtait là.
Or, depuis, on sait qu'il y a en 4ème type de fantasme qui intervient et en particulier chez les enfants handicapés, c'est le fantasme d'auto-engendrement. C'est le fantasme de s'être fait soi-même, de s'être engendré soi-même.
Cela paraît quelque chose d'inventé par des psychanalystes fous or cela court les rues, du moins les contes et les mythes :
          - L'oiseau phoenix qui renaît de ses cendres est une forme d'auto-engendrement.
          - Les vampires sont des natures qui s'auto-engendrent.


Ce fantasme est important en pathologie mentale mais c'est aussi un fantasme banal normal que l'on rencontre chez les enfants. De nombreux enfants pensent être nés avant leurs parents.

Ces quatre fantasmes originels sont la pierre de touche de ce qui pourra ensuite donner naissance à des troubles pathologiques du type des psychoses, névroses…
Freud a expliqué dans un article célèbre comment la pensée ainsi constituée souffrait de points faibles, susceptibles de perturber gravement son fonctionnement.
Cette conception rend compte de la constitution et du développement de l'objet libidinal.


Marquage épistémophilique :
Les contenants de pensée cognitifs sont ceux qui vont donner sens à ce que nous percevons du monde extérieur et ce que nous essayons de comprendre du monde extérieur.
Quand on rencontre quelque chose de nouveau, on le touche, on le tourne…jusqu'à ce que nous ayons compris à quoi ça sert…
Le contenant de pensée cognitif est constitué par l'élaboration des réflexes innés, c'est-à-dire une vingtaine de réflexes dont sont pourvus la quasi-totalité des bébés et qui font que chaque bébé normalement constitué sait sucer, fermer la main quand il a quelque chose dans sa paume, suivre des yeux, au moins pendant un instant, un objet qui se présente devant son regard et a un certain nombre d'autres réflexes qui sont moins importants.
Ces réflexes très rapidement se renforcent, deviennent très puissants et peuvent être appliqués par le bébé à des objets différents, à des objets initiaux.
Et c'est ainsi que le bébé suce, en même temps qu'il suce il éprouve du plaisir dans la zone érogène en question, et ça s'organise avec les fantasmes originels, mais en même temps qu'il suce, il fait des expériences cognitives.
D'ailleurs on peut remarquer que, si on laisse le bébé (qui n'a aucun souci particulier ; ni trop chaud, ni trop froid…) il va sucer le coin de son drap, son pouce, sucer le jouet…mais aussi sucer le rayon lumineux qui passe, une odeur, un son. Mais ceci bien sûr ne vaut pas…

Une des premières catégorisations est de distinguer les objets suçables des objets non suçables. De la même manière, il y a les objets qu'on peut suivre du regard et ceux qu'on ne peut pas…De la même manière, il y a les objets que l'on peut prendre, taper, cogner, secouer et ceux qu'on ne peut pas…

Dans les premiers temps de la vie de l'enfant, il est extrêmement occupé à découvrir ce qu'il peut faire sur le monde et à en tirer des conséquences et des observations importantes.
On sait aujourd'hui que le bébé est quelqu'un de très compétent. Différents chercheurs ont montré des expériences qui en rendent compte. Dès un très jeune âge, un bébé est capable d'une part d'observer des événements qui surviennent et qu'il est capable d'exercer un contrôle sur ces événements, si du moins le contrôle est possible. S'il est en situation de pouvoir le faire, s'il en a la compétence, il va essayer de le faire et lorsqu'il réussit, il en éprouve beaucoup de satisfaction.
On peut conclure de ces observations que la curiosité, la recherche de la solution à des problèmes, l'investigation du monde concret est source de plaisir pour le nourrisson d'une manière autre que le sont les relations avec les personnes.
C'est pourquoi BG propose de distinguer les objets libidinaux classiques et les objets " épistémiques " dont le développement initial procède de mécanismes différents.
Les objets épistémiques se distinguent par le fait que le sujet cherche à obtenir d'eux un effet concret et matériel, et qu'il s'intéresse fondamentalement à les contrôler, à répéter les résultats obtenus et à étendre ces résultats à d'autres objets. Sur le plan économique, la pulsion d'emprise me paraît être leur source d'investissement.

Ces contenants de pensée cognitifs existent d'emblée. Ils se développent en même temps que la motricité, les organes des sens du bébé se développent et se combinent. Il semble y avoir un mouvement d'organisation et il faut remarquer que ce mouvement, quant au processus cognitif, apparaît dans le domaine où le bébé est compétent.

Alors que le domaine de la sexualité et le domaine du fantasme vont se développer dans un domaine où le bébé ne l'est pas, dans un domaine où il est dans une situation d'impuissance.

Car probablement l'un des critères les plus déterminants : quand on est capable de réaliser quelque chose, on le fait.
Quand on n'est pas capable mais qu'on en a envie, on le rêve.

Quand le bébé est compétent, il fait son truc, quand il ne l'est plus, il organise des fantaisies dans sa tête : ce que, avec les psychologues cliniciens, on nomme, le processus "primaire".

Les contenants de pensée narcissiques
Ce sont ceux qui s'occupent de donner un sens aux représentations que nous avons de nous-mêmes. Pour ces contenants de pensée, il est plus difficile que les précédents de se rendre compte de leur importance et de leur réalité.

Exemples tirés de la pathologie montrant que ces contenants sont importants dans l'organisation de la pensée :

  - Un sujet amputé d'un membre : il arrive souvent que la personne ait l'illusion que le membre existe, qu'il le sente, il perçoit un membre fantôme. Cette notion de membre fantôme est quelque chose qui fonctionne anormalement chez le sujet amputé mais qui est quelque chose qui est de l'ordre de ses contenants de pensée narcissiques.

  - Autre exemple d'inter-action des contenants narcissiques : le syndrome d'Anton Babinsky. C'est le cas d'un hémiplégique avec lésion du cerveau non    dominant qui peut parler et qui crie que quelqu'un veut le pousser hors du lit, prendre sa place ou même que quelqu'un lui fait des propositions. Il  ressent un intrus dans son lit. Ce malade ne reconnaît plus comme lui appartenant la moitié paralysée de son corps.

Or nous, nous avons une idée de notre corps qui est constituée, nous avons une idée de notre posture…mais il est surprenant de voir que lorsque ce contenant de pensée narcissique ne marche plus normalement, on a des impressions, des illusions, des symptômes.

Mais ces contenants de pensée narcissiques qui donnent une forme et un sens à ce que nous ressentons de notre corps, de notre identité, ils existent d'une façon moins dramatique :
  - Exemple : quand on se sent bien ou mal dans sa peau,
  - Quand on est à l'aise, quand aussi on entend comme un double avec qui on discute. La plupart des gens se parlent de temps en temps.

  - Ceci fait partie de ce qui est mis en forme par les contenants de pensée narcissiques. Ces 3 types de contenants de pensée aboutissent aux alentours du 6ème mois de la vie de l'enfant jusqu'à environ la 12ème année, à lui permettre de constituer tout un ensemble de représentations psychiques, de construire tout un ensemble de connaissances à partir des expériences vécues.

Tout un tas de représentations psychiques, liées les unes aux autres par des liens associatifs, des liens d'analogie, de continuité, de contiguïté dans l'espace et le temps.
Il y a un stock d'expériences qui se constitue en représentations d'images, représentations d'images qui sont très différentes de l'une à l'autre personne. Ce stock de représentations, obtenu, construit par les contenants de pensées, autour de la 1ère ou de la 2ème année est un stock d'images qui est fini.


On pourrait les dénombrer. Il y a des expériences et ce sont ces dernières qui sont dans la mémoire.
Ce stock d'images, ces contenants de pensée qui ont mis en formes des contenus, des expériences diverses, constituent sans doute le préalable nécessaire au développement harmonieux ultérieur de l'intelligence, du raisonnement et d'une façon générale de la personnalité.

Qu'est ce qui vient après ces contenants de pensée archaïques,

3. 2 Le contenant de pensée langagier

C'est-à-dire que le bébé apprend à nommer avec des mots, des images qu'il a en tête.
Il apprend à dire l'objet et cela ne va pas tout seul. Pour l'essentiel, le bébé occupe de 18 mois à 5 ans, 5ans1/2 son temps à apprendre à dire ce qu'il sait faire et il faut qu'il le fasse : "le faire" est une nécessité importante pour que ces contenus se constituent.

La transposition des images mentales, des représentations psychiques par les mots amène une métamorphose de la pensée pour différentes raisons,

    a) D'une part, dans le langage, il y a entre les mots des liens associatifs en plus, des liens associatifs qui sont entre les images stockées.
On peut jouer avec les mots, faire des ritournelles, des jeux de mots, des structures (paradigmatiques, syntagmatiques, grammaticales…) qui imposent une forme, une organisation qui n'est pas dans l'organisation des expériences non verbalisées.

    b) D'autre part, le langage permet d'accéder à l'expérience d'autrui.
Avant le langage, le seul moyen d'accéder à l'expérience d'autrui est l'imitation.
On peut échanger, se raconter, s'expliquer. Par la forme du langage écrit, on peut accéder à une mémoire beaucoup plus importante que celle de toutes les personnes à côté de soi, on peut accéder) toute l'expérience de l'humanité.

Les représentations psychiques langagières sont différentes des représentations psychiques archaïques en ce sens :
          - qu'il y a un autre réseau associatif qui apparaît.
          - que cette espèce de double réseau n'est pas finie

Grâce au langage, je peux construire de nouvelles représentations que je n'ai pas expérimentées moi-même.
Je peux apprendre de quelqu'un d'autre. C'est un des éléments puissant du langage qui sous-tend le fait que les chats peuvent apprendre des trucs par exemple mais ils ne peuvent apprendre qu'en jouant. Je ne peux leur apprendre en parlant.

Ce contenant de pensée langagier est très puissant, très efficace :

Pour apprendre, pour penser dans sa tête, élaborer ses idées, réfléchir, prendre en compte, communiquer, échanger.
La pensée s'est donc considérablement modifiée depuis les premières expériences de représentations archaïques.
Elle va se modifier encore sous l'influence d'un troisième niveau de contenant de pensée qui est celui des contenants de pensée culturels.

3. 3 Contenants de pensée culturels, sociaux, groupaux

Ces contenants de pensée sont multiples.
Quelques exemples :
          - Les habitudes de chaque famille
          - On appartient à un certain réseau culturel intellectuel
          - On favorise certaines choses, on n'aime pas certaines autres.

Cet ensemble de positions se superpose aux contenants de pensée antérieurs pour amplifier, souligner ou supprimer certains effets.

D'autre part chaque culture va promouvoir un certain nombre de représentations culturelles ou spirituelles qui vont être utilisées pour penser.

Finalement, les contenants de pensée groupaux ont la propriété d'engendrer des illusions.
C'est un aspect méconnu jusque là qui est, que, lorsque nous sommes réunis dans un petit groupe, il se crée entre les différents membres (sauf anomalie) une représentation du groupe, qui est toujours l'idée qu'on constitue un bon groupe, que leader est un bon chef et que " les autres ", il est dommage qu'ils ne soient pas avec nous.

Cette illusion "groupale" a d'autres cousins : illusions contagieuses culturelles et ces illusions vont modifier les représentations psychiques que nous avons et imprimer un certain nombre de choses nouvelles qui ne sont pas forcément de notre expérience.

          Exemple : une variété d'illusion groupale : le racisme.

La race en question est l'élue, les autres sont des "chiens".
Dans ce cas là, il y a des manques considérables dans la pensée de ceux qui sont pris dans cette illusion.

Les contenants de pensée culturels sont pour l'essentiel des choses qui sont transmises par le langage et des choses qui sont transmises par la tradition, les contes, les traditions culturelles.

Il faut cependant ajouter une autre source, qui fait une sorte de pont avec les contenants de pensée cognitif.
En ce qui concerne les contenants de pensée cognitifs de tout à l'heure, il faut se souvenir que le bébé sent, est occupé, vaque à ses occupations, s'intéresse à l'environnement, ne s'intéresse pas, s'intéresse essentiellement à comprendre ce qui se passe…
Bien sûr que le bébé est occupé à autre chose et on a passé sous silence à ce moment là, le fait que le bébé est aussi en relation avec des personnes.

4. Évolution des troubles des contenants de pensée (TCP)

En l'absence de traitement adéquat, on observe assez souvent une évolution continue assez souvent une évolution continue et progressivement aggravée dès TCP. On rencontre en effet fréquemment des enfants présentant initialement une DCP, se transformant ultérieurement en ROR, et parfois ensuite en une débilité mentale. Une évolution similaire peut être retrouvée chez les sujets d'intelligence normale initiale en effet, on constate l'apparition d'une DCP, à laquelle peut succéder une régression globale de l'organisation du raisonnement pour aboutir dans un troisième temps à un tableau clinique de démence.
 

5. Gravités des troubles des contenants de pensée.

Ces troubles constituent des atteintes graves :
          - de l'intelligence qu'un sujet peut avoir de son environnement.
          - Des processus cognitifs qui ne lui permettent pas de donner un sens à ses perceptions et à ses souvenirs.
          - Des processus praxiques qui permettent normalement les apprentissages moteurs et leur extension à l'acquisition de la logique.
          - Du langage qui permet d'élaborer les relations avec autrui et avec soi-même, et d'accéder au domaine de la mémoire sociale écrite.
          - Des capacités d'apprentissage scolaire, professionnel et social.

Leurs conséquences sont extrêmement sévères, car ils perturbent très considérablement les possibilités de socialisation des enfants. Habituellement, les sujets présentant des TCP ne dépassent pas le niveau d'une classe de CM1 et il s'avèrent incapables d'acquérir une compétence professionnelle quelconque.
Durant l'enfance, leur échec scolaire est massif, et inentamé par les classes d'adaptation, SEGPA, rééducation etc.
Ces enfants devenus adultes constituent une partie importante des " adultes de bas niveau de formation ", " adultes de bas niveau de qualification " et " illettrés ".
Chez les adultes, la survenue de TCP amène une importante déqualification, avec perte de nombreux apprentissages antérieurs, et extrême difficulté à en acquérir de nouveaux.
Ainsi les TCP font-ils des enfants et des adultes des invalides sociaux.
Enfin, leur survenue chez les sujets âgés transforme un vieillard alerte en un vieillard entièrement dépendant de son entourage et nécessitant des soins et une surveillance constante.
En même temps que s'affinent nos instruments pour les découvrir, les TCP apparaissent plus fréquent qu'on ne l'aurait cru initialement. En effet, ils sont souvent méconnus, ou camouflés par des troubles du comportement ou des infirmités.

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6. Causes des troubles des contenants de pensée

Les causes des TCP apparaissent multiples.
Les troubles graves de la personnalité ont été mis en évidence les premiers en pathologie mentale :
          - dysharmonies évolutives psychopathiques, psychotiques ou névrotiques,
          - psychoses,
          - autisme infantile,
          - perturbations narcissiques graves.
Il est à noter que dans un nombre de cas important, les manifestations de TCP constituent la première manifestation clinique sensible des troubles de la personnalité qu'ainsi ils révèlent. On en rapprochera les conséquences des carences affectives, des abandons précoces réitérés et des syndromes dépressifs infantiles.

Les troubles des premières relations mère enfant interviennent souvent dans le déterminisme des troubles,
          - soit en raison de l'existence d'une dépression thymique grave de la mère, l'empêchant de tenir son rôle dans le développement de l'enfant,
          - soit en raison de l'absence ou de l'incompétence de la mère, perturbant gravement l'évolution des phénomènes transitionnels,
          - soit encore en raison de la transplantation de l'enfant dans un milieu et une culture étrangère (enfant coréens adoptés par exemple).


Des affections somatiques chroniques peuvent également être concomitantes de DCP, sans que l'on puisse encore préciser s'il s'agit de relations de cause à effet ou d'effet d'un facteur commun.
C'est ainsi que les TCP surviennent avec une fréquence anormalement élevée chez les enfants IMC (Infirmes moteurs cérébraux), chez les enfants myopathes, et, en général, chez les enfants paralysés. Ils semblent également être fréquents chez les enfants cardiopathes ou rhumatisants chroniques graves.
Les lésions cérébrales par tumeurs, pathologique vasculaire infectieuse ou hémorragique sont depuis longtemps connues des neurologues pour être à l'origine de "troubles des fonctions nerveuses supérieures", et en particulier de troubles agnosiques, apraxiques et aphasiques que je considère comme des perturbations des contenants de pensée cognitifs et linguistiques. On en rapprochera :
Les traumatismes crâniens chez l'enfant, et surtout chez l'adulte, entraînent souvent des TCP d'autant plus dramatiques qu'ils sont habituellement méconnus, et donc ni traités, ni indemnisés.
Les traumatismes encéphaliques liés à un traitement de tumeur cérébrale par radiations ionisantes d'enfants en bas âge semblent aussi avoir une part dans les TCP observés dans ces cas.
Il en va de même pour les traumatismes somatiques graves. On soupçonne les difficultés de réhabilitation fonctionnelle après les traumatismes somatiques, accidents de la voie publique, du travail, amputations chirurgicales, infarctus cardiaques étendus, lésions divers du système nerveux central (quadriplégies, aphasies traumatiques, etc.) puissent être, entre autres, liés au développement à bas bruit de TCP.
Les dépressions thymiques de l'adulte et du vieillard semblent également à l'origine d'un nombre important de TCP, surtout chez les vieillards où elles constituent souvent le début d'un processus démentiel.

Conclusions

Intérêt de la notion de trouble des contenants de pensée.

La notion de contenant de pensée apparaît comme particulièrement intéressante dans les domaines ci-après :

Intérêt dans le domaine psychopathologique clinique

en psychopathologie infantile :
troubles de l'intelligence
dysharmonies évolutives
infirmités motrices cérébrales
psychoses, autismes, débilités mentales, etc.…
atteintes somatiques, chroniques telles que cardiopathies, rhumatismes, myopathies, etc.…
en psychopathologie des démences à tous âges
en psychopathologie des traumatismes crâniens à tous âges
en neuropsychologie (apracto-agnosies, aphasies)
en psychopathologie des sujets souffrants d'atteintes corporelles graves.

Intérêt dans le domaine de l'éducation, de la rééducation et de la pédagogie

chez les enfants et adolescents en échec scolaire,
chez les mêmes devenus adultes et devenus des "sujets de bas niveau de qualification", "sujets de bas niveau de formation" ou "illettrés" des services de la formation permanente.
Chez les sujets victimes d'accidents graves ou d'amputations, pris en charge dans les services de réhabilitation fonctionnelle.

Intérêt en regard des découvertes récentes sur les conditions de la mémorisation

Nos connaissances relatives à la mémoire, aux conditions de mémorisation, et aux processus d'apprentissages ont été bouleversées par diverses découvertes récentes. En particulier, les travaux de Mischkine et Appenzeller ont mis en évidence la nécessité de distinguer une mémoire "d'habitudes", à expression essentiellement motrice, renforcée par les répétitions, et une mémoire de significations, telles que seules les perceptions ayant pris sens et connotations émotionnelles sont mémorisées. Pour cette forme de mémoire, les réitérations sont inutiles, le sens saisi une fois étant correctement mémorisé. La notion de contenant de pensée rend compte de cet effet de sens nécessaire à la mémorisation.

Approches thérapeutiques

Il ne saurait être question dans le temps limité de cet exposé de décrire en détail les moyens thérapeutiques développés dans le cadre de mon laboratoire à l'Hôpital de la Salpêtrière. Je me contenterai de donner une esquisse des voies d'approche que nous explorons.

Cinq pistes semblent actuellement particulièrement prometteuses :
- expériences transitionnelles
Où l'on cherche à réactiver les phénomènes transitionnels et à permettre l'abandon de positions archaïques d'omnipotence.
- psychologie de l'action
Où est mise à profit la tendance de l'appareil psychique à faire coïncider ses croyances avec ses actes, sous peine de dissonance cognitive. L'engagement dans un tel travail est facilité par les effets inconscients de l'action accomplie sur l'action à venir : obtenir de quelqu'un une première action sans importance facilite grandement l'obtention ultérieure d'une action impliquante.
- découverte du corps
La relaxation psychanalytique dans la perspective de Sapir et Bergès constitue un mode d'accès de choix ç la problématique narcissique. Elle est un moyen des plus efficaces pour permettre l'évolution favorable de nombreux cas de DCP et de ROR.
- expériences en écho
Le renvoi en écho des productions motrices ou verbales constitue un puissant moyen de développement de l'image de soi, et d'élaboration des contenants de pensée cognitifs, en particulier dans des cas d'infirmité motrice cérébrale.
- découvertes cognitive bien tempérée
Une pédagogie rigoureusement conduite peut permettre une évolution spectaculaire des sujets aux contenants de pensée perturbés.

D'une manière générale, la perspective des Troubles des Contenants de pensée nous amène à reconsidérer les processus d'apprentissage, d'acquisition de connaissances, de prise de sens et de conscience, ainsi que les déficits de ces fonctions : pertes de mémoire, dysmnésies, échecs et pertes d'apprentissages et la pathologie de leur constitution. Cette remise en question des notions classiques débouche sur des innovations multiples tant sur le plan clinique que thérapeutique, éducatif et pédagogique. Elle conduit également, dans une perspective intégrée de la psychopathologie, à proposer diverses modifications de la théorie psychanalytique classique afin d'y faire une place à l'objet épistémique et aux contenants de pensée.

(CR à partir des conférences avril 89 et février 92)

Pour aller plus loin :
• GIBELLO, Bernard/ LEBOVICI, Serge. Préf : " L'enfant à l'intelligence troublée : nouvelles perspectives cliniques et thérapeutiques en psychopathologie cognitive "
Paris : Le Centurion, 1984. 226 p.
• GIBELLO, Bernard : " La pensée décontenancée : essai sur la pensée et ses perturbations " Bayard, 1995. 287 p.
• Les ouvrages de B. Douet
• BERGER, Maurice : " Les troubles du développement cognitif : approche thérapeutique chez l'enfant et l'adolescent " Privat, 1992.

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